En stage de relaxation, le silence m’a d’abord plus troublée que reposée

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Dans le Studio L’Atelier Bleu, la voix s’est arrêtée net après une consigne très simple. Quarante-cinq minutes au total, avec le droit de bouger les doigts ou de rouvrir les yeux. J’ai appris à repérer ces bascules minuscules. Là, j’ai été convaincue que je n’étais pas venue chercher un repos facile. Je me suis retrouvée face au froissement du tissu sous mon dos et à mes tempes qui bourdonnaient.

Quand j’ai franchi la porte, je pensais juste me détendre un peu

Je suis partie ce matin-là avec une fatigue qui collait à la peau. Entre mes articles, la maison et mes deux grands enfants, mes soirées finissent par moments avec un reste de tension dans les épaules. J’ai l’habitude de raconter le calme. Le vivre, c’est autre chose. J’avais surtout besoin d’une pause qui ne me demande rien.

Le stage m’avait coûté 70 euros, et j’avais compté cette somme deux fois avant d’accepter. Je ne cherchais pas une expérience spectaculaire. Je voulais juste retrouver un peu d’espace dans la tête, et moins de raideur dans la nuque. Je savais que la séance mêlerait respiration guidée, voix posée et silence complet. J’avais aussi entendu dire que le silence peut déstabiliser au lieu de poser.

J’avais déjà croisé cette idée dans mes lectures de travail, puis dans quelques ateliers observés. La transition compte presque autant que le silence lui-même. Quand la voix descend doucement, puis s’efface, le corps suit mieux. J’avais trouvé ça simple sur le papier, et j’ai été convaincue qu’une séance de 45 minutes serait supportable. Je n’avais pas encore compris à quel point les premières minutes allaient me bousculer.

Le silence est arrivé plus vite que prévu, et là, ça a coincé

La première minute a beaucoup fait bouger les choses. L’animatrice venait de terminer sa dernière phrase, très posée, et la pièce a semblé se refermer autour de nous. Le vide est tombé d’un coup, sans transition. Je me suis d’abord dit que ça irait. Puis j’ai entendu mon propre souffle, beaucoup trop haut, et j’ai eu l’impression que le sol se mettait à écouter avec moi.

Je n’avais jamais réalisé à quel point le bruit de ma propre salive pouvait devenir une obsession quand la voix s’arrête. J’ai avalé une première fois, puis une deuxième, en essayant d’être discrète. Le simple geste m’a paru énorme. Mon ventre a gargouillé, mes tempes ont battu plus fort, et j’ai senti une envie de tousser qui remontait sans prévenir. Le tissu sous mes omoplates frottait à chaque micro-mouvement. C’était minuscule, et pourtant tout prenait de la place.

Très vite, ma tête s’est mise à compter. Une seconde. Puis trois. Puis huit. J’ai regardé si les autres bougeaient encore, comme si leur immobilité pouvait m’aider à tenir. Je me suis retrouvée à surveiller mes pensées au lieu de les laisser passer. Plus je voulais faire le vide, plus ma respiration se crispait. Je sentais ma mâchoire se verrouiller, juste sous les oreilles. C’est là que j’ai compris que je n’étais plus dans la détente, mais dans la vigilance.

La salle, elle aussi, a pris une place démesurée. Une chaise a grincé au fond, et le chauffage soufflait par à-coups. Un voisin a remué le pied, puis le moindre froissement est devenu audible. J’avais entrée la séance avec l’idée qu’il ne fallait rien entendre. Alors chaque bruit m’a paru presque insolent. Je me suis surprise à attendre la fin au lieu d’habiter le moment. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Le plus déstabilisant, c’était ce petit bourdonnement derrière les oreilles. Il devenait plus net dès que la pièce se taisait. Par moments, il semblait plus fort que la voix de l’animatrice juste avant. J’ai senti mes épaules monter d’un cran, puis ma nuque se raidir. Au bout de 5 minutes, je n’écoutais déjà plus vraiment. Dans les 10 premières minutes, mon corps prenait toute la place, et mon esprit suivait en courant.

J’ai failli abandonner, mais un détail m’a fait basculer

Je n’ai pas eu besoin de longtemps pour penser que ça ne marcherait jamais pour moi. J’avais envie de bouger un pied. J’ai même jeté un regard de côté, juste pour vérifier que j’avais encore une issue. Cette petite fuite intérieure m’a agacée. Je m’étais pourtant promis de tenir la séance jusqu’au bout. J’ai hésité une vraie minute, les mains un peu froides, la gorge sèche.

C’est à ce moment-là que l’animatrice a parlé encore une fois, très simplement. « Vous pouvez bouger les doigts, rouvrir les yeux, laisser passer ce qui vient. » Cette phrase a changé la couleur de la salle. Je me suis sentie moins coincée. Je n’avais plus à réussir le silence. Je pouvais l’observer, et c’était déjà beaucoup. J’ai alors relâché ma mâchoire d’un cran, puis mes épaules ont enfin cessé de remonter.

J’ai fait un ajustement très modeste. J’ai bougé les orteils sous le tissu, presque rien. J’ai laissé mes mains plus lourdes sur le support, au lieu de les tenir en l’air comme une gardienne de musée. Puis j’ai accepté de ne pas tout traverser d’un bloc. Le silence s’est fractionné dans ma tête. C’est quand j’ai cessé de vouloir « faire le vide » à tout prix que le silence a cessé d’être un ennemi. Je suis devenue plus attentive, et moins crispée.

Le reste de la séance n’a pas été parfait, mais il a changé de texture. Le bourdonnement est resté, pourtant il ne dirigeait plus tout. Je me suis autorisée à rouvrir les yeux une seconde, puis à les refermer. Cette petite permission m’a fait du bien. Au lieu de lutter contre chaque sensation, j’ai regardé ce qui apparaissait. J’ai été frappée par la différence entre la résistance et l’observation. La première me tendait, la seconde m’installait.

Avec le recul, ce que je sais maintenant que j’ignorais ce jour-là

Avec le recul, je comprends mieux pourquoi ce silence m’a paru si lourd. Quand la pièce ne parle plus, le corps prend le relais. Il raconte tout de suite les épaules serrées, la respiration trop haute, la mâchoire qui verrouille. J’avais déjà vu ce mécanisme chez des lectrices qui me décrivaient la même chose après un atelier de respiration. Le silence n’a pas besoin d’être parfait pour agir. Chez moi, il a d’abord servi de projecteur.

Je me suis trompée sur trois points très simples. J’ai voulu aller trop vite. J’ai voulu rester immobile sans aucun repère. Et j’ai attendu un silence impeccable, sans chaise qui grince ni chauffage qui souffle. Ce mélange m’a tendue. Je l’ai payé dans la nuque, juste à la base du crâne, là où tout se bloque quand je serre les dents. Si c’était à refaire, je commencerais avec plus de souplesse et moins d’idées reçues.

Ce type de stage m’a paru plus juste pour quelqu’un qui accepte de traverser une ou deux séances un peu raides. Après 2 ou 3 séances, le silence devient plus supportable quand le cadre reste clair. J’ai fini par le voir chez moi, puis chez d’autres femmes que j’écoute pour mon travail redactionnel. Celles qui aiment l’introspection, et celles qui ont du temps pour revenir, y trouvent davantage de matière. Celles qui ont besoin d’un guidage plus verbal sont par moments mieux servies par une sophrologie plus parlée, ou par une marche consciente.

J’ai aussi testé d’autres chemins après cette première fois. Une sophrologie avec davantage de respiration guidée m’a paru plus douce. Une méditation en mouvement m’a aidée les jours où je n’avais pas envie d’être allongée. J’ai même préféré, certains soirs, des séances plus courtes, de 20 minutes, juste pour ne pas me heurter trop fort au vide. Et quand un bourdonnement reste présent en dehors de la séance, je le fais vérifier par un ORL, parce que là je ne joue pas à deviner.

J’ai appris quelque chose de très simple. Ce qui pose d’abord m’échappe par moments, et ce qui dérange au début devient lisible plus tard. Ce stage m’a rappelé que je ne cherche pas toujours le bon point d’entrée du premier coup. Je peux l’admettre. Je peux aussi revenir, un peu plus lente, un peu moins raide.

Mon bilan après cette première expérience qui m’a bousculée

Ce que je retiens, c’est la violence du départ et le repos qui a suivi. La première partie m’a mise à nu, avec mes bruits internes et ma tendance à tout contrôler. La fin, elle, m’a laissée plus lourde dans le bon sens. J’avais la mâchoire moins serrée, le ventre plus tranquille, et cette drôle de sensation d’avoir enfin arrêté de courir dans ma tête.

Je retournerais au Studio L’Atelier Bleu, mais pas en espérant une séance lisse. J’irais avec des attentes plus modestes, et avec l’idée que le silence peut prendre 3 séances pour se laisser approcher. Je ne chercherais plus à gagner quoi que ce soit. Je laisserais simplement le cadre faire son travail, puis je regarderais ce que mon corps en garde.

Et dans mon quotidien, ça m’a rendu plus attentive aux petits temps morts. Je coupe par moments mon ordinateur pendant 2 minutes avant de répondre à un message. À la maison, avec mes deux grands enfants, je tolère mieux les pauses entre deux phrases. Quand je repasse devant le Studio L’Atelier Bleu, je sais que cette gêne n’était pas un échec. C’était mon premier vrai face-à-face avec le vide sonore, et j’en suis sortie plus lente, plus claire, et rentrée à Nice avec un calme qui a tenu jusqu’au soir.

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La rédactrice